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Soldats du feu magazine

30 ans sur le front des feux de forêt

Les feux de forêt, ça le connaît ! Engagé comme sapeur-pompier depuis 7976, Pierre Schaller, lieutenant-colonel de son état, va entamer, cet été, sa trentième saison dans le Midi méditerranéen. Portrait d’un vieux loup de la profession.

Il se voyait journaliste, professeur de lettres, d’histoire-géo, d’anglais ou d’allemand. Pierre Schaller est devenu sapeur-pompier. La faute à Éric, «mon ami d’école, de pêche à la ligne et de bamboche », qui, un jour de 1975, a décidé de s’engager comme volontaire dans son village, à Cabris, dans les Alpes- Maritimes. Et voilà le travail! « Amoureux de la nature devant l’éternel », Pierre s’engouffre à son tour dans la brèche. Premier engagement comme sapeur-pompier volontaire au centre de première intervention de Peymeinade, et en avant pour une longue et belle carrière chez les soldats du feu.

« Sectoriser le feu, anticiper, guetter la météo, bien employer les avions, contrôler les ordres », en bon élève qu’il est, le jeune homme apprend petit à petit tous les fondamentaux du métier. Et ça paie. Caporal, sergent, capitaine, il gravit un à un les échelons jusqu’à obtenir, le 1er avril 1999, ses galons de lieutenant-colonel. Un beau pied-de-nez à ceux qui, au début, le croyaient « trop petit et pas assez costaud » pour exercer ce métier. .. Preuve que « si l’on accepte de se battre, rien n’est jamais perdu d’avance. » N’empêche qu’en 2003 Schaller a quand même bien failli raccrocher les crampons…

Il avait beau avoir déjà passé trente années « sous le cuir des pompiers, à courir après les feux dans le Midi », il n’avait encore jamais vu ça: trois pompiers disparus et plus de 61 500 hectares calcinés dans le Midi méditerranéen. Un désastre. Surtout pour un affectif comme Pierre, humaniste jusqu’au bout des ongles. De cet « épisode particulièrement raide et intense », il a fait un livre, Saison en enfer, paru en 2004, il a fait un livre, Saison en enfer, paru en mai 2004. Sans langue de bois ni sensationnalisme, le Rimbaldien raconte, de l’intérieur, tous les
aspects de la guerre du feu. La joie de faire « ce métier fantastique,
dans des paysages qui sont les miens depuis toujours », « l’odeur de fumée, ma madeleine de Proust à moi », mais aussi le découragement, la fatigue, la peur et autres sentiment de culpabilité.

« Chez un sauveteur, le sentiment d’échec peut avoir des conséquences lourdes sur le long terme. Sans tomber dans l’excès des groupes de parole ou des psys à chaque intervention, il faut veiller au degré d’usure de ses personnels et les aider à rebondir. » De ce point de vue, l’écriture peut présenter de réelles vertus thérapeutiques. « Une fois que les choses sont couchées sur le papier, fini! On ne les ressasse plus. » C’est ce que Boris Cyrulnik, éthologue, neuropsychiatre et psychanalyste, appelle la résilience : l’art de surmonter les drames les plus terribles et d’aller de l’avant.

Mais malgré son incroyable force de caractère, Pierre fait toujours montre d’une grande simplicité. Avec lui, pas de « Monsieur » ni de « Mon colonel». Tout le monde, sur le terrain, l’appelle Pierre ou Pierrot, point à la ligne.