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Le Parisien

Travail à la maison, le graal
quand on est handicapé ?

Cette nouvelle opportunité réduit la fatigue et limite les contraintes liées aux déplacements. Gare cependant à bien l’accompagner pour ne pas créer de nouvelles formes d’exclusion.

« Pour moi qui suis porteuse d’un handicap invisible, le télétravail, c’est vraiment super », s’exclame Sophie. Il y a une dizaine d’années, cette Parisienne de 48 ans a découvert qu’elle était atteinte d’une malformation au niveau du cervelet. « Je n’avais aucun symptôme mais on m’a conseillé de me faire opérer pour éviter de finir en fauteuil roulant un jour », explique-t-elle. Mais après trois interventions chirurgicales et diverses complications, elle se retrouve aujourd’hui avec de terribles douleurs neuropathiques qui prennent la forme de décharges électriques, de maux de tête… Elle qui travaillait dans les achats dans une société d’assurance est
contrainte de changer de poste et de passer à mi-temps. « Prendre les transports tous les jours pour se rendre au travail, c’est compliqué quand on est vite fatigable », témoigne-t-elle. « Même si cela me coupe des relations avec mes collègues, je préfère travailler chez moi au calme. Ainsi, je n’ai pas besoin de cacher mes douleurs ni de cavaler pour récupérer mon fils à l’école. »
Un enthousiasme pas forcément partagé. D’après la quatrième vague de l’enquête réalisée en avril 2021 par l’Ifop pour l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph), seules 28 % des personnes en situation de handicap souhaitent télétravailler davantage, contre 47 % pour l’ensemble des salariés. Encore plus frappant, une personne handicapée sur cinq ne veut carrément pas en entendre parler.

La peur de s’éloigner jusqu’à se désinsérer
« Avec la généralisation du télétravail, certains travailleurs handicapés, peu rompus aux outils informatiques, se sont retrouvés en grande difficulté lors des confinements », souligne Véronique Bustreel, directrice de l’innovation, de l’évaluation et de la stratégie à l’Agefiph. « Beaucoup se sont également sentis très isolés au sein de leur équipe pendant la crise sanitaire, ajoute-t-elle. Ils ne sont donc pas très enclins à renouveler l’expérience de peur de s’éloigner de l’entreprise, voire de se désinsérer. » Pourtant, quand il n’est pas subi, le télétravail peut se révéler un précieux atout pour mieux concilier les temps de vie : la famille, les soins et le travail. À condition qu’il soit bien préparé et limité à deux ou trois jours par semaine. « À distance, on est assis, figé devant son écran toute la journée, rappelle Éric Blanchet, président de l’Association pour l’insertion
sociale et professionnelle des personnes handicapées (Adapt). Le risque de fatigue est beaucoup plus grand. »

Des aides pour l’aménagement des postes
D’où l’importance de mettre à la disposition des salariés
handicapés tous les outils nécessaires pour leur permettre de télétravailler dans de bonnes conditions, notamment un fauteuil confortable et une souris adaptée. Des aides peuvent d’ailleurs être accordées par l’Agefiph pour l’aménagement des postes de travail. Pour préserver l’efficacité et la motivation des troupes, il est également primordial de maintenir le lien et de rester à l’écoute des besoins de chacun. « L’idée n’est surtout pas de lâcher les gens seuls dans la nature, insiste Éric Blanchet. Il faut organiser des points réguliers avec eux pour s’assurer que tout se passe bien et leur communiquer les objectifs et les réussites de l’entreprise. »